L'avenir de la robotique mobile industrielle se dessine en Suisse

Agefi

L'avenir de la robotique mobile industrielle se dessine en Suisse

Fondé en 2004 par quatre start-up de la région lémanique, le Swiss Mobile Robotics Consortium s'agrandit avec Neuronics et GCtronic.

Sylvie Gardel — À Lausanne

« Il ne fait aucun doute que les robots domestiques envahiront demain notre quotidien », déclarait en décembre 2004 à L'Agefi Olivier Michel, fondateur et directeur de Cyberbotics. Depuis, les robots ménagers, les androïdes sécuritaires, de compagnie et de loisirs, bien évidemment, sont de plus en plus présents dans notre vie. Mais ce n'est encore que la pointe de l'iceberg du marché de la robotique industrielle mobile et de ses perspectives de croissance.

C'est convaincu non seulement du potentiel économique des nouvelles technologies, mais également de celui de la Suisse, de par son héritage en microtechnique et ses hautes écoles, que le CEO de la start-up lausannoise a lancé l'idée d'une plateforme réunissant les talents de la région. En septembre 2004 déjà, trois autres start-up, dont deux également basées au Parc scientifique d'Ecublens (PSE), sont venues rejoindre le fabricant de logiciels de simulation de robots mobiles, à savoir : Bluebotics, spécialiste de la technologie de navigation autonome ; FiveCo, active dans l'électronique embarquée et le traitement d'image ; et K-Team, établie au Parc technologique d'Yverdon et connue notamment pour son robot jockey conçu pour les courses de dromadaires au Qatar. Ainsi est né le Swiss Mobile Robotics Consortium.

Vers une collaboration homme-machine plus étroite

À elles quatre, ces jeunes entreprises réunissent les compétences nécessaires non seulement à faire progresser l'appréciation de la robotique mobile, mais aussi à garantir une interface simple pour des mandats de toute taille et quel que soit leur degré de complexité, comme l'explique l'ingénieur Antoine Lorotte, fondateur et CEO de FiveCo : « Ce consortium revêt d'autant plus d'importance que la robotique entre actuellement dans le domaine du service, soit une collaboration homme-machine plus étroite. Tout comme les ordinateurs dans les années 80 et Internet dans les années 90, c'est une nouvelle révolution qui se dessine. Les prévisions attestent d'ailleurs que la demande en robots "personnels" va croître jusqu'à 11 milliards de dollars en 2010 et à un niveau équivalent à celui de l'industrie automobile d'ici la fin du XXIe siècle. »

Cette année, le consortium a franchi une étape importante de son développement avec l'arrivée de deux nouveaux membres : Neuronics, une entreprise zurichoise qui a produit l'un des rares bras robotisés validés pour être utilisés dans un environnement humain, et la toute jeune pousse GCtronic de Mendrisio, conceptrice du minirobot autonome Alice d'à peine 1 cm³. Avec ces nouvelles capacités, l'association espère bien se distinguer lors du plus important salon sur l'automatisation de Suisse, Go Automation, qui se tiendra en septembre à Bâle. « La surface de notre stand sera quasiment équivalente à celle d'ABB », souligne très fièrement le directeur en robotique Nicola Tomatis, fondateur et CEO de Bluebotics.

La mobilité va devenir un argument crucial

Mais au-delà de la taille, c'est surtout ses lettres de crédibilité que le Swiss Mobile Robotics Consortium vient d'acquérir. Indispensables à sa mission : promouvoir les nouvelles technologies au niveau industriel et améliorer la prise de conscience du marché actuel et futur de la robotique mobile. Laquelle se distingue de la robotique industrielle « classique » par le fonctionnement quasi autonome du robot, et ce dans le respect de l'être humain. « À partir de 2010, la mobilité va devenir la clé », ajoute le patron de Bluebotics. Pourtant, c'est aujourd'hui que les principes techniques et légaux de cet univers peuplé de robots de service s'érigent. Pour preuve, « alors que, durant des années, la séparation entre petits et grands était très claire, voilà que les groupes qui dominent le marché en Europe, tels que Kuka (Allemagne), ABB (Suisse-Suède) ou Coman (Italie), parlent de plus en plus avec les petits comme nous ! »

La Suisse, souvent un marché test pour ces industriels, dispose, à l'évidence, du savoir-faire pour prétendre au rôle de locomotive dans cette révolution qui enthousiasme la robotique mobile. « Tant qu'on innove, on reste à la pointe », assure le CEO de FiveCo. Le consortium nourrit par ailleurs une ambition à plus grande échelle, celle de démontrer que la robotique mobile est un moyen de ne pas délocaliser et de garantir à la Suisse, certes, mais aussi à l'Europe tout entière, sa compétitivité.